« Ces orages-là » de Sandrine Collette : un coup de foudre

Après l’incroyable succès Et toujours les forêts, couronné notamment du Grand Prix du Livre France Bleu/Page des Libraires et Grand Prix RTL/Lire en 2020, Sandrine Collette publie en ce début d’année Ces orages-là aux Éditions Lattès. Un roman puissant sur l’emprise et la volonté de s’en sortir, qui m’a foudroyée.

L’emprise : il y a l’alcool, la drogue, le pouvoir, l’argent – et il y a Thomas.

Clémence a une bien piètre opinion d’elle-même. Elle se trouve affreuse, trop maigre, trop insignifiante, trop tout, trop rien. Au début du roman, elle vient de quitter Thomas qui lui a fait vivre un enfer pendant trois ans, en commençant par rompre net les liens qu’elle entretenait avec un tout petit cercle d’amis et avec sa maman dont elle était si proche. Tout au long du livre, des flashbacks nous font entrevoir les choses terribles, les humiliations qu’elle a subies, les jeux dangereux auxquels elle se prêtait sans mot dire pour ne pas subir les orages de Thomas. Elle vit désormais seule dans une petite maison, loin de lui, a trouvé un autre travail pour qu’il ne puisse pas la retrouver, commence à revivre peu à peu en osant, enfin, rêver à ses propres projets. Mais l’ombre de Thomas rôde, encore et toujours… Arrivera-t-elle à se sauver de lui et… d’elle-même ?

L’autrice nous fait vivre avec une intensité rare le drame de Clémence, à la merci d’un homme qu’elle aime autant qu’elle déteste. Elle dépeint avec une grande vérité les mécanismes de l’emprise, ses forces contraires intrinsèques, cette façon d’être attiré comme un aimant par l’objet de son malheur tout en voulant à tout prix le fuir.

Sandrine Collette nous saisit une fois de plus avec ses phrases concises, percutantes, incarnées, qui reflètent aussi bien l’urgence des situations qu’elle décrit, que les pensées des personnages. Sa façon de distiller dans chaque phrase les signes avant-coureurs d’un drame inéluctable, aussi. Ces orages-là nous donne à voir un portrait de femme fragile et forte, terriblement attachante, qu’on a nous aussi, envie d’aider, de libérer de cette force qui la broie, la laisse impuissante. J’ai tremblé, pleuré, hurlé avec elle, ressenti son désespoir de ne pouvoir se détacher de son bourreau. J’avais envie de me battre pour elle comme pour toutes les Clémence.

Le nouveau roman de Sandrine Collette est de ceux qui ne vous laissent pas indemne, vous prennent aux tripes, vous bouleversent. Et qui, malgré tout, réconfortent, car l’espoir n’est jamais loin. Le soleil vient, toujours, après l’orage.

Un coup de foudre.

Ces orages-là de Sandrine Collette, Éditions Jean-Claude Lattès