Bookclub de novembre : « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu

Première fois dans l’histoire de Livr’esse, nous avons parlé d’un Prix Goncourt ! Et en l’occurrence de Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu (paru en grand format chez Actes Sud et en poche dans la même maison, collection Babel), que l’auteur a reçu en 2018.

Le pitch :

Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.

Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans. Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.

Nos avis :

Noémie n’a pas été déçue par sa proposition ! Elle cherchait un roman avec la description d’une France entre campagne et ville où les problèmes d’alcoolisme, de chômage et de violences sont légion, un roman sociologique qui fasse écho à son histoire, sa jeunesse. Elle a cependant trouvé quelques moments un peu longs. Quant aux personnages, malgré leur côté « mauvais garçons » pas spécialement attachants, elle les a trouvés pleins d’humanité. Ce genre de roman avec fond de violence entre catégories sociales lui a fait penser à ceux que peuvent écrire Annie Ernaux ou encore Édouard Louis.

Tatiana n’a pas fini le livre. Elle avait besoin de quelque chose de plus rythmé : ici, l’impression qu’il ne se passait rien ne la quittait pas. Elle a par contre bien aimé le début de l’histoire, avec ces deux cousins qui partaient ensemble en vacances. Ça lui faisait penser à la sienne.

Elisa avait déjà lu le roman à sa sortie et avait adoré. D’habitude, elle n’aime pas du tout les Goncourt, elle les trouve souvent prétentieux : pour une fois, elle a trouvé un Goncourt rafraîchissant, généreux. Cette lecture l’avait beaucoup marquée, l’avait vraiment replongée dans une époque, avec son ambiance, sa bande-son… Elle a trouvé que l’auteur était au plus près du réel dans ses descriptions.

Mickaël a beaucoup aimé les premiers chapitres. Il a ensuite été perturbé par les ellipses qui venaient interrompre des passages qui lui semblaient importants, qu’il aurait aimé lire. Il aurait aimé en savoir plus par exemple sur la vie d’Hacine, là il avait l’impression que les trajectoires des personnages n’avaient pas vraiment d’objectif. Mickaël a pensé à Une vie française de Jean-Paul Dubois en le lisant, avec ce côté nostalgie d’une époque.

Irina a commencé puis abandonné sa lecture. Elle n’avait pas une envie folle de le reprendre. Elle le reprendra peut-être plus tard…

Clémence a bien aimé ce roman, même si elle l’a trouvé un peu déprimant. Elle pense que ce n’était pas le bon moment pour le lire. Elle a trouvé que la description de la vie pavillonnaire et son décalage avec celle de la vie parisienne pouvait paraître un peu teintée du regard « méprisant » de l’auteur.

Sophie l’avait commencé et arrêté, le trouvant trop déprimant et un peu glauque. Elle trouvait ce milieu trop éloigné de ce que l’on vit, nous. Avec la période que nous vivons en ce moment, elle n’avait pas envie d’être confrontée à ce monde-là. Elle ne comprenait pas les trajectoires individuelles des personnages. Le côté schéma social répétitif l’a pesée, aussi.

Hermine : je l’avais, comme Elisa, déjà lu à sa sortie et même si j’avais bien aimé, j’en avais gardé une impression de pesanteur sociale s’écoulant sans fin. J’ai eu un peu moins cette impression à travers cette deuxième lecture, qui était une lecture audio. J’ai bien aimé ce roman pour certains aspects, le fait que l’auteur ne tombe jamais dans le cliché, que toutes les situations qu’il décrivait avec ces soirées à la plage à boire de la vodka chaude, des vacances au camping ou des journées à la fête foraine… Semblaient réelles. Je trouvais que tout sonnait vrai. Peut-être est-ce parce que je l’avais déjà lu, mais je n’étais pas particulièrement emportée par ma lecture.

Les coups de cœur :

  • Tatiana :Verity de Colleen Hoover, Hugo&Cie
  • Elisa : Betty de Tiffany McDaniel, Gallmeister
  • Mickaël : La bibliothèque des cœurs cabossés de Katarina Bivald (en grand format chez Denoel et en poche chez J’ai lu) et les Cahiers d’Esther de Riad Sattouf
  • Clémence: Impératrice de Shan Sa (en grand format chez Albin Michel, en poche au Livre de Poche)
  • Sophie : Ne ramenez pas une fille du futur chez vous de Nathalie Stragier (Syros)
  • Noémie : Ali Zaoua de Nathalie Saugeon (en grand format chez Milan)
  • Hermine : Liv Maria de Julia Kerninon (en grand format aux Éditions Iconoclaste (dont vous pouvez retrouver la chronique ici)

Confinement oblige, ce bookclub a eu lieu à distance : pas de dégustation de bons vins pendant nos échanges, donc. En espérant que la prochaine fois sera l’occasion de nous rattraper ! Nous parlerons pour notre Bookclub de décembre, sur les conseils d’Elisa, du livre Le chant de la frontière de Jim Lynch (Gallmeister).