« L’Homme craie » de C. J. Tudor : un bon polar comme on les aime !

homme craie

Eddie, le narrateur alterne entre son passé et son présent, procédé somme toute classique, mais ô combien efficace. Quand un chapitre se termine, évidemment sur une révélation cruciale, on a qu’une envie, risquer une ellipse temporelle quitte à gâcher le plaisir de l’attente, pour arriver directement à la suite du précédent chapitre. Mais aussitôt, on se rétracte, parce qu’on a aussi une envie folle de savoir la suite de celui encore d’avant… Bref, ça marche incroyablement bien et participe d’un suspens qui ira croissant au fur et à mesure de l’histoire – comme tout bon vieux polar qui se respecte, mais quand même.

Eddie (le narrateur) et sa drôle de bande d’amis, Gros Gav, Mickey Métal et Hoppo sont comme tous les garçons de leur âge, ils aiment aller à la fête foraine, faire les 400 coups, sortir les poings quand il le faut, enfourcher leur vélo pour faire d’interminables balades dans des lieux plus ou moins hospitaliers… Mais ce qui les différencie des autres garçons de 12 ans, c’est qu’ils ont vu, à cet âge, leur premier cadavre : celui d’une jeune fille sans tête, enfoui sous une montagne de feuilles, dans la forêt. Endroit indiqué par un de ces étranges bonhommes de craie qui vont peu à peu se multiplier et ternir leur quotidien. Et les hanter, jusqu’à l’âge adulte où ils réussiront enfin à percer leur mystère…

J’ai été, dès les premières lignes, totalement prise par l’histoire, plongée dans cette ambiance à la fois pesante et fascinante, entre un pasteur aux méthodes peu chrétiennes, des menaces exercées par des militants anti-avortement, des bonhommes de craie dessinés à proximité de chaque « méfait », une tension permanente entre cette bande de copains soudés par une amitié forte mais prêts à en découdre à la moindre étincelle… On est porté par l’histoire, mais aussi, par les personnages. J’ai adoré celui d’Eddie, aussi bien à ses 12 ans qu’à ses 35, sa façon de s’exprimer réussissait à m’arracher des sourires et à me détendre un peu, après les états de flippe intense dans lesquels certains passages me plongeaient 2 ou 3 pages auparavant. Sa fausse naïveté d’enfant, sa capacité à analyser les choses, son indéfectible amitié envers ses camarades, puis le cynisme propre à la maturité… Tout ça m’a vraiment charmée.

Il y a dans L’homme craie tous les ingrédients d’un bon polar : un suspens insoutenable, une ambiance d’une lourdeur presque étouffante, des personnages qu’on a envie d’aider à mener l’enquête, même si on est beaucoup moins courageux qu’eux… J’étais presque nostalgique après avoir refermé la dernière page, j’avais un petit pincement au coeur en quittant cette bande de copains et leur vieille amitié…

Ouvrage reçu dans le cadre de la Masse Critique de Babelio ❤